Le Conseil de Sécurité de l'ONU a récemment reporté la probable indépendance de la province serbe du Kosovo à janvier 2008 au lieu de décembre 2007, initialement prévu. En effet la communauté internationale, en particulier la "troïka" (UE, Etats-Unis et Russie) se trouve actuellement dans une impasse en ce qui concerne le statut à accorder au Kosovo. La province appartenant officiellement à la Serbie mais dans les faits se présentant comme un protectorat des Nations-Unis est peuplée majoritairement de musulmans albanais qui réclament depuis plus d'une décennie leur indépendance de Belgrade. L'OTAN est intervenue en 1999 pour mettre fin aux exactions et à l'épuration ethnique des forces armées de la Serbie qui s'opposaient aux rebelles de l'UÇK (l'armée de libération du Kosovo). Depuis, les Albanais du Kosovo attendent avec impatience l'indépendance.
Mais la Serbie s'oppose fermement à ce qu'elle considère comme l'amputation d'un quart de son territoire national. Il se trouve qu'en plus, le Kosovo est le lieu de l'épique bataille qui opposa les Serbes aux envahisseurs turcs en 1389. Cet affrontement mythique pour la culture serbe se solde par une défaite des Slaves et marque la fin de l'indépendance du royaume de Serbie pour près de cinq cent ans. Le Kosovo revêt donc aux yeux des nationalistes serbes une importance capitale. D'après eux, le peuplement albanais de la région a été provoqué par l'occupation ottomane qui a favorisé la conversion à l'islam. Pour les indépendantistes, les Albanais sont les descendants des Illyriens qui peuplaient dans l'Antiquité l'actuelle ex-Yougoslavie (appelée Illyrie par les Romains) et leur présence au Kosovo serait donc antérieure à l'arrivée des Slaves. Au début des années 90, avec l'effondrement en Europe de l'Est du communisme et la chute du Rideau de Fer, la Yougoslavie se morcelle et sombre dans la guerre civile. En 1991, la Slovénie quitte la fédération yougoslave, suivie par la Croatie puis par la Macédoine. Le morcellement des Balkans se poursuit avec la guerre en Bosnie (1992 - 1995) et, plus récemment, l'indépendance du Monténégro en 2006. Le Kosovo semble vouloir suivre l'élan mais à la différence que la région n'était pas une république fédérée yougoslave mais juste une province serbe autonome jusqu'à la suppression de cette autonomie par Slobodan Milošević au début des années 90. Si Belgrade ne s'est pas opposée à la sécession du Monténégro, elle compte bien le faire pour le Kosovo qu'elle juge comme partie intégrante de son territoire national et cœur d'un certain patrimoine historico-religieux même si dans les faits elle ne contrôle plus la région depuis l'intervention de l'OTAN et l'arrivée des Casques Bleus. La diplomatie serbe du président Boris Tadić essaie de troquer le maintien de la province dans la Serbie contre une très large autonomie. En cas d'indépendance (le pays ne pourra s'y opposer militairement à cause de la présence internationale), la Serbie rompra ses liens diplomatiques avec tous les pays reconnaissant le nouvel Etat, notamment l'Union européenne qui promet de faciliter l'adhésion de Belgrade en échange de la reconnaissance du nouveau statut dans les Balkans.
Les Albanais du Kosovo quant à eux menacent en cas de non-satisfaction de leur demande d'indépendance, de la proclamer eux-mêmes sans attendre l'avis de la communauté internationale. Cela provoquerait de nouvelles violences entre les communautés, notamment contre les minorités serbes encore présentes au Kosovo. La troïka qui ne veut pas voir un nouveau conflit en ex-Yougoslavie hésite dans sa démarche et est confrontée à des divergences internes. La Russie s'oppose elle aussi fermement à l'indépendance, premièrement par solidarité avec sa "petite sœur" slave et orthodoxe, deuxièmement par crainte de répercussions sur la Tchétchénie. Car si la communauté internationale accepte les revendications d'indépendance d'une province, alors pourquoi ne pas favoriser l'indépendance de la Tchétchénie ? Même dissensions chez les Européens : l'Espagne émet des réserves sur le sujet par crainte d'une justification des revendications basques ou catalanes. Certains observateurs voient l'indépendance du Kosovo comme la porte ouverte à tous les séparatismes régionaux : Flamands en Belgique, Turcs à Chypre, Corses en France et aussi Serbes en Bosnie. En effet la République serbe de Bosnie, composante de la Bosnie-Herzégovine avec la Fédération croato-musulmane pourrait faire sécession. Même scénario catastrophe pour la minorité serbe du Kosovo, majoritaire dans une partie du nord de la province, ce qui pourrait entraîner des séparations à l'infini.
Quel avenir donc pour le Kosovo ? Si demain, l'indépendance est accordée, l'Europe peut craindre une vague de revendications séparatistes et une rupture brutale avec la Serbie qui ne peut admettre ce qui apparaît pour elle comme une amputation de son patrimoine et de son territoire. Si au contraire, l'émancipation des Albanais du Kosovo se voit frustrée, la communauté internationale peut se retrouver comme dans les années 90 face à un regain de violence intercommunautaire et à la résurgence du terrorisme séparatiste de l'UÇK. Quoi qu'il arrive, il ne se passera rien sans frustration, déception et mécontentement.
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire