mercredi 26 décembre 2007

La Laïcité selon M. Sarkozy

Le 20 décembre 2007, Nicolas Sarkozy a été fait chanoine d'honneur de la basilique St-Jean de Latran par le pape Benoît XVI lors d'une cérémonie au Vatican. Cette distinction honorifique est réservée aux chefs d'Etat français depuis Henri IV et rappelle un peu celle de la co-principauté d'Andorre, partagée avec l'évêque d'Urgell. Lors de son discours au cours de la cérémonie, le président de la République a rappelé sa conception chrétienne des racines de la France et de la laïcité dans notre pays.

D'après M. Sarkozy, il est nécessaire aujourd'hui d'assumer les racines chrétiennes de la France et même de les valoriser. Cette position du chef de l'Etat n'est pas nouvelle, au ministère de l'Intérieur il s'était déjà prononcé en faveur de la reconnaissance dans le préambule de la Constitution européenne des racines chrétiennes du Vieux Continent. Pour lui, nier ce fait c'est nier sa culture, son histoire et son patrimoine. Il a d'ailleurs affirmé que la laïcité n'a pas le pouvoir de couper la France de ses racines religieuses.
Le président défend l'idée d'une "laïcité ouverte" vers les religions qui d'après lui doivent participer à la vie publique. Position déjà défendu dans son livre paru en 2004 La République, les Religions, l'Espérance. Nicolas Sarkozy voudrait s'inspirer du modèle états-unien, c'est-à-dire d'un Etat neutre vis-à-vis des cultes tout en les reconaissant et en les admettant dans la sphère publique. Ce qui va à l'encontre de la conception française de la laïcité établie en 1905 où l'Etat se doit d'ignorer les mouvements religieux afin de garantir la liberté de culte, l'égalité de tous et d'empêcher l'ingérence religieuse dans la vie politique.

Dans son discours, probablement écrit par son éminence grise Henri Guaino, on peut y lire un révisionnisme historique du passé de la France, et plus largement de l'Europe. Affirmer que les racines de la France sont chrétiennes est un peu osé et maladroit quand on connait le brassage ethnique et culturel qu'a connu l'actuel territoire national depuis plusieurs millénaires. Même s'il est vrai que le christianisme a contribué à la définition culturelle de la France, il est tout aussi important - si ce n'est plus - de souligner les racines païennes du pays et surtout l'influence des Lumières au XVIIIème siècle. Car en effet ce n'est pas un hasard si Noël (qui commémore la naissance de Jésus-Christ) coïncide avec la fête païenne de la "renaissance du Soleil" c'est-à-dire du solstice d'hiver, si la Toussaint (théoriquement fête des "tous les saints") se lie avec l'antique fête celte des morts perpétuée dans le monde anglo-saxon par Halloween, si les saints chrétiens et autres saints patrons s'identifient curieusement avec les ex-divinités du paganisme, etc. Et on pourrait trouver bien d'autres exemples qui prouvent que la culture païenne est toujours présente en France et en Europe, issue d'un synchrétisme pagano-chrétien. Deuxièmement, l'influence de la philosophie des Lumières semble avoir un rôle tout aussi important si ce n'est plus dans la culture nationale. En combattant le fanatisme et la superstition, elle est à l'origine de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen et de la séparation de l'Eglise et de l'Etat de 1905. Elle est à la base du concept républicain de la laïcité.
La laïcité consiste à exclure les pouvoirs religieux de l'exercice du pouvoir politique ou administratif (cf. définition de l'encyclopédie Universalis). En France elle permet en niant la religion l'égalité de tous et la liberté de croire ou de ne pas croire. Lorsque M. Sarkozy critique l'intransigeance laïque en faveur d'une laïcité ouverte vers les religions, il condamne la liberté de ne pas croire. Car si la liberté de culte garantit à chacun l'exercice de sa religion, la laïcité permet en plus la liberté de croire ou non. Elle cantonne la religion à la sphère privée.

En bref, cette rencontre entre le président français et le souverain pontife illustre le décor de ce qu'on appelle la sarkozye mêlant gratin médiatique et hautes sphères de l'Etat assortie du copiage des Etats-Unis, le tout devant les caméras, outils indispensables au régime actuel.

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