Le 2 décembre 2007, les électeurs vénézuéliens ont rejeté la réforme constitutionnelle du président Hugo Chávez par 51% des suffrages exprimés pour le "non" contre 49% pour le "oui". Le président vénézuélien, élu en 1998 et réélu en 2006 a connu sa première défaite électorale depuis son arrivée au Palais de Miraflores, la résidence présidentielle. La réforme de la Constitution "bolivarienne" en vigueur depuis 1999, prévoyait la modification de plusieurs articles (69 très exactement sur les 350 que possède le texte constitutionnel) en vue de transformer la république bolivarienne en république socialiste. D'ailleurs, le président a unifié en 2006 au sein du PSUV, le parti socialiste unifié du Venezuela, l'ensemble des forces qui le soutenaient depuis son arrivée à la tête du pays. Le chef de l'Etat se réclame du socialisme du XXIème siècle axé selon ses partisans sur la libération du continent sud-américain de l'ingérence états-unienne, sur la recherche d'une alternative à la mondialisation économique, sur la création d'une solidarité interaméricaine et sur l'émergence d'un monde multipolaire entre autres. Selon ses détracteurs, les chavistes, comme on les appelle désormais, veulent transformer le Venezuela en dictature en transformant le pays en république socialiste, en nationalisant des entreprises privés, en supprimant la liberté de presse et d'expression et en constituant un front anti-démocratique avec Cuba, l'Iran voire la Corée du Nord ou la Libye.
Toujours est-il que les médias occidentaux voient en Chávez un dictateur au passé évocateur (deux tentatives de coup d'Etat dans les années 90) et à l'aspect guignolesque (démonstration de chant devant l'Elysée lors de sa visite à Paris, conversation triviale avec Fidel Castro). A l'annonce de sa défaite du 2 décembre, la presse et les chaînes de télévision ont vu là une victoire de la démocratie sur la dictature chaviste. Continuellement la réforme constitutionnelle est très rapidement résumée comme illimitant le nombre de mandats présidentiels, comme censurant la presse en cas de crise, et comme instaurant une économie collectiviste au sein d'un Etat socialiste.
Or, en se penchant un peu plus sur cette infructueuse tentative de passage par les urnes à une dictature (premier paradoxe) on s'aperçoit rapidement qu'on crie au loup un peu trop vite. En ce qui concerne le nombre illimité de mandats, nous rappellerons au passage qu'il n'y a pa de limitation dans beaucoup de pays démocratiques et libéraux (la France par exemple) et qu'une limitation n'est pas pour autant un facteur de démocratie. Au Mexique la limitation à 6 ans n'a pas empêché la mainmise du PRI (parti révolutionnaire institutionnel) sur la vie politique du pays pendant 60 ans de 1940 à 2000.
Dans le cas de la censure de la presse en cas de crise, il est utile de rappeler que les médias vénézuéliens très polarisés, ont soutenu et même pratiquement lancé le coup d'Etat de 2002 contre le président Hugo Chávez (cf. le documentaire irlandais La Révolution ne sera pas télévisée). De plus rappelons qu'en France l'article 16 de la Constitution de 1958 relatif au pouvoir du Président autorise celui-ci en cas de crise à prendre des mesures exceptionnelles, notamment celui - d'après l'ordonnance du 15 avril 1960 - de censurer la presse, la télévision et la radio.
Pour ce qui est du terme "socialiste", rappelons qu'en France un parti se qualifie comme tel et n'a rien d'effrayant. La définition de ce mot varie selon les époques et les régions, il n'est pas plus dictatorial que l'expression de "république bolivarienne". La transformation de l'économie passe en réalité par l'interdiction des privatisations et la limitation du nombre d'heures de travail quotidien à 6 heures : rien finalement de très communiste.
Enfin pour terminer, il est intéressant de remarquer qu'une dictature ne perd pas ses référendums. Paradoxalement, la défaite électorale de Chávez est un triomphe sur la scène internationale puisqu'elle démonte les accusations plus ou moins justifiées de dictature et prouve qu'il existe une opposition cohérente dans ce pays.
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